Tutu

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Tous en tutu!

Chronique Pages blanches 

Mon amie Marine Baousson m’écrit il y a quelques jours pour me proposer de participer à une émission pour la radio de Ground Control.

Vous connaissez ce lieu génial derrière la Gare de Lyon? Il y a des bars, des restos, des expos, des ateliers, des concerts, des boutiques et … un studio de radio dans lequel on enregistre des émissions qui passent en direct dans le lieu et sur internet, puis qui deviennent des podcast.

L’émission que Marine Baousson et Alexandre Blomme animent un mercredi sur deux s’appelle PAGES BLANCHES. Ils choisissent un mot en rapport avec l’actualité et invitent des amis, experts pour se retrouver autour d’un « guest » humoriste de préférence. Ce jour la ce sera la talentueuse Nadia Roz.

Chaque expert rédige une chronique sur ce que lui évoque le mot du jour. Chaque expert a évidemment sa spécialité : humour, art, musique, … Vous connaissez mon domaine d’expertise 😉

Le premier mot que l’on nous a imposé est : Tutu !! Et voici ma chronique.

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Techniquement de quoi parle-t-on? Il s’agit d’une jupe constituée de plusieurs rangées superposées de tulle. C’est certainement de là d’ailleurs que proviendrait son nom : « tutu ». Le jupon peut être long et tomber comme une crinoline sur la jambe ou en cerceau à l’horizontal, comme on l’imagine sur les danseuses du Lac des Cygnes. On le voit apparaître pour la première fois en 1831 porté par une ballerine lors d’une représentation de La Sylphide, ballet italien romantique donné à l’Opéra de Paris. Toute l’histoire est déjà là avec les ingrédients indispensables pour rendre le jupon mythique et le faire entrer dans la légende. Parce que oui le tutu est effectivement légendaire.   

Tout d’abord il est fatal : il a d’ailleurs tué un certain nombre de ballerines en pleine jeunesse et à l’orée de grandes carrières de solistes. Leurs jupes dont le tissu est très inflammable, prenant feu en pleine représentation ou pendant une répétition au contact des rampes qui éclairent alors la scène de l’opéra du 19e siècle. Et traumatisant ainsi un public ébahi et toute une génération de petits rats qui voudront voir le tutu raccourcir.

Le tutu est légendaire parce qu’il est iconique. Il y a une certaine sacralisation de la beauté de la ballerine, dont nous savons que la silhouette est façonnée par des heures de travail et d’effort. Dans l’imaginaire (le mien tout du moins), la ballerine ne sort pas, ne fume pas, ne va pas en boite, ne dit pas de gros mots, … Une femme sacrée, intouchable, dont le Tutu est le signe le plus distinctif universellement. Un symbole.

 

Le Tutu est légendaire parce qu’il est romantique, on pourrait même dire qu’il est l’incarnation du romantisme. Comme je viens de le dire à l’instant, quoi de plus pur qu’une ballerine faisant ses pointes, c’est la fiancé parfaite, immaculée.

Et c’est d’ailleurs avec ces codes que la mode s’amuse en réinterprétant le Tutu et l’image de la féminité associée. Il faut dire que la danse inspire la mode très largement et depuis longtemps. Le Tutu a été repris, décousu, retravaillé par les grands designers. Je pense à Jean-Paul Gaultier par exemple qui fait un tutu dans presque toutes ses collections. Le sien est rock, trash et sexy. Il est souvent présenté avec un perfecto et des bottes de motardes. Je travaille parfois avec la maison Gaultier et il m’est arrivé de le faire porter à certaines actrices. Je l’ai associé à une chemise d’homme et des stilettos bien hauts. J’ai alors moi aussi joué sur les codes du masculin/féminin, en bousculant l’une des pièces les plus « romantique » du vestiaire féminin et en y apportant une dose indispensable de sexitude.

 Jean-Paul Gaultier

Jean-Paul Gaultier

Quand je pense au Tutu, une des premières images qui me vient, après celle du Lac de Cygnes, c’est celle de Carrie Bradshow courant après le bus dans le générique de Sex and the city. J’adore cette série !! J’adore ce personnage !! Elle porte ce tutu rose et un vieux Tshirt avec l’inscription NY. De mémoire, elle rate son bus et au moment où elle remarque qu’il l’a éclaboussée, elle voit sa photo affichée en grand sur le bus avec en sous-titre « Carrie Bradshow knows good sex ». La situation est géniale et tendre. Nous sommes pris d’une sympathie immédiate pour cette héroïne de la ville, vulnérable (dans son tutu) comme nous et en même temps, ancrée de plein pied dans cette drôle de société. Je suis persuadée que si elle avait porté autre chose que ce tutu, tout aurait été différent.

 

Gayanée PIERRE